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Étape 1 : La Transatlantique

Un mois de traversée
Voguer entre deux immensités bleues…
L’océan et le ciel. Pas une terre à l’horizon, pas une âme à moins de 1 700 km à la ronde ou 7 jours de traversée. Écumer les mers sous les vents incessants, purifier ses poumons d’air non pollué. Éprouver la distance, accueillir chaque mille parcouru. Rallier deux continents. La première étape de mon voyage est achevée : je viens de réaliser la transatlantique en voilier !
Le quotidien
Le quotidien est assez constant : préparation des repas, jeux, lecture, manœuvres de bord, et occupations persos. Pour moi, ça oscille entre lecture, montage vidéo, dessins, et pas mal de siestes ! Je me suis même retrouvé à sortir deux ou trois fois mon harmonica. Les journées sont parfois agrémentées d’ateliers pédagogie par le skippeur. On a eu droit à un cours sur le sextant, sur les noeuds marins, et même de bridge…
Les nuits sont en revanche toutes différentes. Rythmées par les quarts, dont les créneaux changent chaque jour, impossible de savoir ce qui nous attend. Parfois le calme plat, à d’autres reprises des grains qui nous obligent à sortir et manœuvrer sous des déluges d’eau. À deux ou à trois, sur des intervalles roulants de 3 à 4 heures, les quarts permettent d’assurer la sécurité et la bonne navigation. On veille aux dangers alentours (les bateaux principalement), on règle les voiles et on effectue les manœuvres de bord pour garder le bon cap et la bonne allure. Les instruments aident beaucoup pour ça : le pilote automatique évite de devoir poster un barreur en permanence. Mais ils ne font pas tout : certains bateaux ne sont pas visibles sur les cartes électroniques : il faut ouvrir l’œil ! Et quand on est de quart de 2 à 6h du matin, ne pas fermer les yeux peut s’avérer compliqué !
Le plus marquant dans cette traversée est le rapport au temps. Les jours s’enchaînent sans que le paysage change, les quarts scindent nos nuits donc doublent nos rêves. C’est à s’y perdre. Loin de toutes contraintes temporelles de nos quotidiens conventionnels, on perd la notion des jours. Est-on le 5 ? Le 6 ? D’autant que le décalage horaire fait des siennes. On garde tout au long de la traversée le référentiel de l’heure UTC (1h de moins par rapport à la France). Mais comme on bouge, on perd 1h tous les 15º vers l’ouest, environ tous les 3 jours. Donc on décale l’heure des repas. Sur la fin du trajet, on déjeune à 16h UTC, et le soleil se lève à 10h ! En tout cas, le temps, on en a. Le temps de réfléchir, de se poser, de se laisser porter.
La navigation
La traversée de la Méditerranée et celle de l’Atlantique Nord sont complètement différentes. La Méditerranée, c’est l’autoroute. On croise constamment des cargos colossaux, ces mastodontes marins qu’il ne vaut mieux pas approcher de trop près, ou des voiliers de plus petite taille. On les entends à la VHF. On voit aussi toujours une côte, même la nuit où l’horizon est teinté d’un halo lumineux. A l’inverse, sur l’Atlantique, on est seuls au monde. Pas une terre à l’horizon, pas un bateau, quelques manœuvres seulement par jour, pour régler l’allure, mais bien moins que dans le golfe du Lion où on slalome entre les obstacles. Même la nature est différente. Dans le bassin Méditerranéen, on a croisé des dauphins. Le climat est plus capricieux : on voit des cellules orageuses qui éclairent ça et là la ligne d’horizon. En Atlantique, les poissons volants remplacent les dauphins, et à part quelques grains, le temps (et la température) est beaucoup plus clément. La mer est en revanche plus agitée, et les vents bien plus réguliers. La diminution de pollution lumineuse nous offre des spectacles de dingue, avec une flopée d’étoiles filantes chaque nuit.
J’ai pas mal progressé en navigation, à mon grand bonheur. Les manœuvres à bord ne manquent pas. C’est le branle bas de combat le temps de 5 minutes, où chacun tente de se faire entendre par dessus le vent. « Choque ! Reprends la drisse de GV ! La contre-écoute est bloquée ! Ouvre le taquet, descend le chariot. On empanne, paré ? Paré ! »
On a fait la plupart de la traversée au portant, à 9 noeuds de moyenne. Avec des pointes à 22 noeuds, en surf sur des creux de 4 mètres. Le pilote est réglé la plupart du temps pour l’allure, c’est à dire qu’il optimise la position du bateau par rapport au vent pour maximiser la vitesse. Ça se fait au détriment du cap. Il faut donc surveiller notre route, que le vent et les courants altèrent. Caps au 200 – 290, globalement.
En progressant vers le Sud, on enlève des couches de vêtements. À partir du 1er décembre, à 25ºN et 15ºW, on est en maillot et T-shirt toute la journée. On pense à notre entourage qui se les pèle en métropole !
Les moments les plus marquants
Malgré une traversée relativement confort et sans encombre, l’océan ne manque pas de nous rappeler à l’ordre. On en a fait les frais quelques occasions. Quand un équipier est tombé à l’eau en se douchant. Heureusement il était harnaché, sans quoi ses chances de survie étaient maigres. Il s’en sort avec un bel hématome. Quand on a traversé un grain en pleine nuit à l’approche des Antilles, avec des rafales à 40 noeuds, et des torrents de pluie. Le ciel s’est noirci à la vitesse de l’éclair, on ne voyait plus rien devant. On a affalé la voile d’avant et pris deux ris. Malgré ça on sentait le bateau vibrer sous les efforts, attendant impuissants que ça passe. On a été bien secoués par le choc des vagues, et trempés jusqu’aux os en 2 minutes, le temps de sortir pour la manœuvre de bord. La nature nous montre notre insignifiance dans ces moments.
Gibraltar, l’entrée de la Méditerranée. Le carrefour des voies maritimes. Un maigre bras de mer coincé entre l’Europe et l’Afrique. On se faufile entre des colosses de ferraille et de béton qui transportent marchandises et matières premières. On a la chance d’être escorté par des dauphins ! Le moment a des airs mystiques. Comme si la mer nous souhaitait bon vent, et nous mettait sur la route de la grande traversée. Pour moi, ça marque le moment où je quitte pour de bon les terres connues. Adieu l’Europe. En prime, j’ai sous les yeux pendant quelques heures les côtes marocaines, seule occasion de mon voyage où je contemplerai le continent africain. A charge de revanche : l’Afrique, c’est pour mon prochain voyage…





















